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dimanche 7 décembre 2008

L'orientation des élèves en situation de handicap

Cette question est souvent délicate car tout parent d'élève souhaite bien sûr que son enfant suive le cursus normal et aille le plus loin possible. Les enseignants eux-mêmes sont parfois démunis car les règles et les procédures pour orienter un élève sont diverses et pas toujours très claires...! Pour y voir un peu mieux au milieu de ce "brouillard", voici quelques éclaircissements :

Il existe 3 grandes orientations possibles : l'école ordinaire, la plus plébiscitée ; la CLIS ou l'UPI, des classes spécialisées en milieu ordinaire ; et enfin les établissements spécialisés à visées thérapeutique, éducative et/ou pédagogique. Dans ce dernier cas, le "scolaire" n'est plus l'élément prédominant. L'orientation dépend davantage du niveau d'autonomie et de fragilité des élèves que de leur efficience scolaire.

La CLIS : il en existe 4 sortes. L'orientation en CLIS est effectuée sur dossier transmis par la famille à la MDA.
- CLIS 1 = concerne les déficiences intellectuels (le QI doit se situer en-dessous de 70)
- CLIS 2 = concerne les déficiences auditives
- CLIS 3 = concerne les déficiences visuelles
- CLIS 4 = concerne les déficiences moteur

L'UPI :
C'est l'équivalent de la CLIS mais au collège. L'entrée se fait sur dossier transmis à la MDA.

La SEGPA :
Les classes de SEGPA se trouvent au collège. Les élèves orientés dans cette structure ont un retard scolaire massif (1 an de retard dans les faits et un cycle de retard pour le niveau scolaire). L'orientation en SEGPA se décide au sein de l'Education nationale, en-dehors de toute situation de handicap.

L'ITEP :
On y accueille des élèves de 7 à 17 ans ayant des troubles du comportement, de la personnalité et/ou psychiatriques. Les critères d'orientation sont l'agressivité, l'échec scolaire, les troubles lexicaux-graphiques, l'instabilité psycho-motrice, la demande d'Internat (car tous les élèves sont internes), les traits abandoniques (angoisse de l'abandon) et les difficultés sociales. Ainsi, les QI des élèves sont très hétérigènes et les niveaux scolaires s'étalent du CP à la 5ème avec parfois des problèmes d'illetrisme ou de DYS. Dans ce type d'établissement, on cherche surtout à réconcilier les élèves avec l'école et à faire acquérir une base de compétences pour une éventuelle formation professionnelle et pour la vie quotidienne.

L'IME :
Elle s'adresse aux élèves de 7 à 20 ans ayant une déficience intellectuelle légère à moyenne, avec des troubles associés (moteurs, comportementaux, attentionnels...). Les groupes sont effectués par tranche d'âge et on y travaille toujours en binôme : un enseignant + un éducateur dans la classe. L'orientation en IME est décidée par la commission de la MDA et le niveau scolaire s'étend de la MS au CE2. Chaque enfant bénéficie d'un projet personnalisé et des soins peuvent être apportés (orthophoniste, psychomotricien, psychologue...).

Le SESSAD :
C'est encore une fois à partir d'un dossier MDA que l'on peut faire appel au SESSAD. Il ne s'agit pas d'une orientation à proprement parler, mais d'une aide apportée aux élèves et à leur famille. Le personnel du SESSAD se déplace là où se trouve l'enfant, à l'école ou à la maison. Il prend en charge des élèves de 3 à 12 ans.

Les sigles de l'enseignement spécialisé

Et oui, l'Education nationale adore les sigles ! Je reprends donc le fil de mes derniers articles et le thème de l'ASH pour détailler un peu les sigles les plus utilisés :

- ASH = Adaptation scolaire et Scolarisation des élèves Handicapés
- ASEH = Aide à la Scolarisation des Elèves Handicapés (les ASEH n'ont pas tout à fait le même statut que les AVS)
- AVS = Auxiliaire de Vie Scolaire
- AVS-i = Auxiliaire de Vie Scolaire Individuelle
- AVS-co = Auxiliaire de Vie Scolaire Collective
- CAMSP = Centre d'Action Médico-Social Précoce
- CDA = Commission des Droits et de l'Autonomie
- CLIS = Classe d'Intégration Scolaire
- CMP = Centre Médico-Psychologique
- CMPP = Centre Médico-Psycho-Pédagogique
- DDASS = Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales
- EREA = Etablissement Régional d'Enseignement Spécialisé
- IEN-ASH = Inspecteur de l'Education Nationale chargé de l'ASH
- IME = Institut Médico-Educatif
- ITEP = Institut Thérapeutique Educatif et Pédagogique
- MDPH = Maison Départementale des Personnes Handicapées (devenue MDA, Maison Départementale de l'Autonomie)
- PAI = ¨Projet d'Accueil Individualisé
- PMI = Protection Maternelle et Infantile
- PPS = Projet Personnalisé de Scolarisation
- RASED = Réseau d'Aide Spécialisées pour les Elèves en Difficulté
- SAAAIS = Service d'Aide à l'Acquisition de l'Autonomie et à l'Intégration Scolaire (pour déficients visuels)
- SEGPA = Section d'Enseignement Général et Professionnel Adapté
- SESSAD = Service d'Education Spéciale et de Soins à Domicile
- SSEFIS = Service de Soutien à l'Education Familiale et à l'Intégration Scolaire (pour déficients auditifs)
- SSESD = Service de Soins et d'Education Spéciale à Domicile (pour handicap moteur)
- UPI = Unité Pédagogique d'Intégration

Résultat du sondage : Etes-vous prêts à travailler dans l'enseignement spécialisé ?

J'ai délaissé mon blog ces derniers temps...:-( J'y reviens avec, en premier lieu, le résultat du dernier sondage

Vous êtes donc 65% à être tentés par l'enseignement spécialisé. Et dire que l'on manque de candidats !

Pour 35% d'entre vous, ce n'est pas d'actualité, et j'avoue en faire partie. La description des différents établissements, des types de classes et des types de handicaps rencontrés pendant mon stage m'a un peu "refroidie". Je ne me sens pas armée, pour l'instant, pour faire face à de telles classes. L'enseignement général est déjà tellement difficile ! Je me le dis tous les jours avec la classe que j'ai cette année...

Aller, promis, je reviens aujourd'hui avec d'autres articles. Ce blog est pour moi une bouffée d'oxygène et il est temps pour moi de reprendre un bon bol d'air ;-) !

jeudi 27 novembre 2008

Des albums pour parler de la différence

Aujourd'hui, je te propose des ressources pour aborder en classe la question de la différence et/ou du handicap.

Six milliards
Cet album traite de toutes les différences à travers le monde : apparence physique, modes de vie, écriture... Un magnifique album à exploiter à tous les niveaux de classe.

Des français comme moi
Une succession de portraits d'enfants et de familles issues des différentes régions de France. Une véritable ouverture et une excellente base pour la rédaction de portraits "à la manière de".
Homme de couleur 
Très beau poème sur la question de la couleur de peau. Un peu abstrait, cet album est plus approprié aux cycles 2, voire 3.

Quatre coins

Sur le même principe que "Homme de Couleur" mais plus accessible, notamment aux élèves de cycle 1. Cet album raconte comment on peut adapter l'environnement à ceux qui sont différents plutôt que de les contraindre à entrer dans un cadre qu'ils ne peuvent supporter.

Alice sourit

Une histoire très simple pour changer notre regard et prendre conscience de tout ce que l'on peut faire, même quand on est en fauteuil roulant.

Trop ceci cela

Et si l'on s'acceptait tels que l'on est ? Un album aux illustrations très colorées pour comprendre que nous avons tous quelque chose de "différent".

Epsilon

Un enfant autiste explique son handicap et comment on peut l'aider et s'adapter à lui. Un livre qui traite de l'autisme en s'adressant à la fois aux enfants et à leurs parents ou enseignants.

Lili

Un petit garçon nous raconte les points forts et les difficultés de sa soeur, issue d'un pays très rare, "qu'on ne trouve que dans le ventre des mamans" : la Mongolie. Beaucoup de tendresse dans cet album aux magnifiques illustrations.

Hou hou Simon

Simon nous explique ses problèmes d'attention et quelques moyens d'y remédier. Si cet album traite des véritables troubles attentionnels, il peut également concerner tous ceux qui manquent ponctuellement d'attention.

Howard Buten

J'ajoute un dernier ouvrage qui cette fois, s'adresse plutôt aux adultes ou aux adolescents. Howard Buten (également auteur du fameux "Quand j'avais 5 ans je m'ai tué") y aborde sa vision, poétique et très touchante, des enfants autistes qu'il appelle très joliment des "enfants surprises" :-).

mardi 25 novembre 2008

Les 10 clés pédagogiques pour une bonne scolarisation des élèves présentant des troubles autistiques

1°. En parler : à travers des albums, des malettes pédagogiques, il est essentiel d'aborder la question du handicap auprès des élèves de la classe qui, de toute façon, seront amenés à se poser des questions un jour ou l'autre sur cet élève "si différent". Banaliser un handicap, n'est jamais une heureuse solution. Il est donc important de faire parler les enfants. Cela peut être fait à travers un personnage, une marionnette. Ou bien grâce à des jeux comme le jeu du parachute qui fait appel à la cohésion et à la solidarité. Jouer à "se mettre à la place de..." rendra également beaucoup plus concret le handicap auprès des enfants valides (lunettes déformantes, moufles, bouchons d'oreilles ou toute autre idée suivant le handicap vécu dans la classe).

2°. Doser l'information : Les enfants porteurs d'un handicap neurologique ou psychologique ont souvent du mal à sélectionner la bonne information, à l'organiser. Tout doit donc être structuré, du matériel aux affichages, en passant par les consignes ou l'espace de la classe.

3°. Aider à la structuration : que ce soit le temps ou l'espace, les élèves qui ont un trouble tel que l'autisme ont aussi une angoisse de "l'après". Il faut donc les rassurer par un support visuel : l'emploi du temps de la journée d'école, en images par exemple, auquel on se réfèrera à chaque changement d'activité. En ce qui concerne l'espace, on veillera à éviter les lieux polyvalents : ainsi, la table du coloriage restera uniquement celle du coloriage et ne sera pas celle des jeux ou celle du goûter.

4°. Valoriser pour motiver : En effet, cause d'une grande angoisse de l'échec, ces élèves se raccrochent à ce qu'ils savent et refusent d'être déstabilisés par une nouvelle connaissance qui viendrait bouleverser leur univers.

5°. Partir du positif : Il faut se baser sur les atouts de l'élève, ce qu'il sait faire seul, et imaginer ce qui pourra en découler ensuite.

6°. Faire des choix : car on ne pourra pas tout réussir ! Il faudra sélectionner et surtout formuler auprès de l'enfant et de sa famille ce qu'il fera et ce qu'il ne fera pas au cours de son année scolaire.

7°. Contourner les difficultés : même si, parfois, on est obligés de se contenter de "faire avec"... Il faut trouver des moyens détournés pour arriver à un objectif. Quoi qu'il en soit, notre rôle n'est pas d'aider ces élèves à TOUT surmonter. C'est pourquoi il est nécessaire de faire appel à des partenaires spécialisés. Dans la classe, il sera intéressant de noter tous les comportements, les progrès, les régressions de l'enfant afin d'avoir des choses concrètes à présenter lors des réunions de PPS.

8°. Différencier ce qui est "atteint" de ce qui est "acquis" : L'acquis, c'est ce qui est juste dans un temps déterminé et sans effort excessif.

9°. Accompagner les élèves vers la métacognition : Certains élèves ont du mal à faire le lien entre les différentes situations. Il faut alors les aider à comprendre ce qui se passe dans telle activité, la succession d'efforts qui peuvent permettre de réussir, d'apprendre. Prenons l'exemple de Paul qui souhaite faire un gâteau au chocolat avec son frère. Il lui demande comment faire et son frère lui dit que pour réussir ce gâteau, il a besoin de farine. Sans attendre, Paul se précipite à l'épicerie acheter de la farine et la donne à son frère. Mais celui-ci lui dit qu'il faudra aussi du beurre ! Encore une fois, Paul se précipite à l'épicerie...et ainsi de suite, autant de fois que d'ingrédients. A la fin, le frère de Paul doit partir, il n'a plus le temps de faire le gâteau et Paul est déçu ! On peut alors interroger l'élève sur la stratégie qu'aurait pu adopter Paul pour parvenir à la confection de ce gâteau sans perdre autant de temps.

10°. Respecter leurs symptômes : Les autistes en particulier se sont construits un monde sécurisant, qu'il ne faut absolument pas démonter. On peut en revanche présenter la classe comme un autre monde, mais prévoir un coin dans la pièce pour qu'ils retrouvent LEUR monde lorsqu'ils en ressentiront le besoin.

lundi 24 novembre 2008

Le handicap à l'école

Cette semaine sera consacrée à la délicate question de la scolarisation des élèves porteurs de handicap. Rassure-toi, je publierai également des articles sur d'autres sujets, mais celui-ci sera en quelque sorte le fil conducteur.

En effet, tout enseignant a été ou sera forcément concerné par cette question dans sa carrière. Depuis la loi de 2005 qui confie aux départements la scolarisation des élèves handicapés, les enseignants, les familles et les nombreuses structures spécialisées doivent oeuvrer ensemble pour favoriser la scolarisation de ces élèves. Cela n'est pas toujours simple et prend surtout beaucoup de temps. Ainsi, un enfant qui arrive en Petite Section sans que ses parents aient fait la moindre démarche devra souvent attendre toute une année scolaire pour bénéficier d'une AVS (Auxiliaire de Vie Scolaire) et d'aménagements particuliers au sein de la classe.

Mais qu'est-ce qu'un handicap ?... La loi le définit ainsi : "constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou trouble de santé invalidant ".

Les parents sont à l'initiative de toutes les démarches. La première d'entre elles est de prendre contact avec la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) afin que le handicap de l'enfant soir reconnu. Un délai de 4 mois est nécessaire pour que cette reconnaissance soit effective. Puis, à l'école, le directeur pourra organiser un PPS (Projet Personnalisé de Scolarisation), réunion qui réunit tous les partenaires autour de l'enfant, et mettre en place les conditions d'accueil de cet enfant dans la classe.

Beaucoup de démarches, donc, qui sont comme autant d'obstacles à franchir pour des parents qui sont déjà en grande souffrance et parfois même déstabilisés par ce qu'ils découvrent. En effet, avant d'être scolarisé, l'enfant n'a souvent évolué que dans sa famille, sous un regard bienveillant. En entrant à l'école, c'est la société qui va apporter son regard sur lui à travers l'équipe enseignante mais aussi les autres enfants de la classe ainsi que leur famille. Cela peut être un moment très difficile pour des parents qui avant cela, n'avaient pas eu l'occasion de comparer leur enfant avec une "norme" qui le place tout à coup "en-dessous" d'une ligne tracée par l'Institution et ses contraintes.

Malgré toutes ces difficultés, l'intégration a lieu au sein de l'école maternelle. Mais au-delà de cette intégration, c'est bien la scolarisation qui est visée par la loi et d'autres questions vont se poser à l'entrée en CP... Dans quelle mesure un enfant porteur d'un handicap pourra-t-il apprendre au même rythme que ses pairs ? Cela sera-t-il possible dans une classe ordinaire ou bien une orientation doit-elle être envisagée ? Et si oui, laquelle ?...

Les articles qui suivront évoqueront les différents types de handicaps, quelques pistes pédagogiques pour les enseignants qui doivent accueillir un enfant handicapé, mais aussi les diverses institutions en place et leur rôle. Je parlerai aussi des difficultés rencontrées aussi bien par les parents que par les enseignants car la vision et les idéaux des uns et des autres ne se rejoignent pas toujours et pour cause : les contextes de chacun sont bien différents.